La "guerre des Mondes" n'est pas seulement franco-américaine à l'occasion des critiques émises par Marine Tondelier à l'égard d'Elon Musk et de son ingérence et influence nocives dans le débat politique en France. Cette "guerre des Mondes" se passe au sein même de la culture américaine selon l'image que peuvent ou veulent donner d'eux-mêmes les Américains. "Objectif Lune" ? Aux rêves de conquête spatiale industrielle que promeut Musk, je préfère l'imaginaire poétique de Fly me to the moon : chanson composée en 1954 par Bart Howard et interprétée par Frank Sinatra accompagné par l'orchestre de Count Basie. Ambitions françaises en ce domaine : "être le premier pilote qui va porter sur la Lune la recette du boeuf braisé" ? chantait Jacques Higelin... ou "Au clair de la Lune" ? Ce sont des images, mais on peut toujours rêver.
Fly me to the moon Let me play among the stars And let me see what spring is like On a-Jupiter and Mars
In other words, hold my hand In other words, baby, kiss me
Fill my heart with song And let me sing forevermore You are all I long for All I worship and adore
In other words, please be true In other words, I love you
Fill my heart with song Let me sing forevermore You are all I long for All I worship and adore
In other words, please be true In other words, in other words I love you
Dans le cadre d'une série sur "Sept nuances de cannibalisme", j'ai vu que le journal Le Monde publiait hier un article consacré à un cas de cannibalisme repéré dans un village anasazi du sud-ouest du Colorado il y a 900 ans "où une trentaine d'individus ont été traités comme des animaux de boucherie."
Mais, de nos jours, dans certains "milieux" actuels, si ce n'est une consommation physique, on peut pratiquer aussi la dévoration ou le cannibalisme intellectuel tout en essayant, souvent, d'effacer la trace des victimes. Si ce n'est leur âme, il s'agira d'essayer d'assimiler, de s'approprier l'"esprit" ou les oeuvres des individus (si ce n'est de personnes) "consommés". Cette dévoration de l'Autre sur le plan intellectuel peut se faire ouvertement et positivement quand on consomme ou lit avidement les oeuvres d'un grand écrivain, par exemple, qu'on peut revendiquer publiquement comme modèle. Mais les choses peuvent se faire plus sournoisement et négativement, quand on essaye de s'accaparer le travail et le mérite d'un autre dont essaiera d'effacer la trace ou bien sur lequel on essaiera de jeter l'opprobre. Sur ce type d'attitudes et de comportements en rapport avec la "dévoration de l'Autre", on peut se rapporter à l'essai La Haine de Günther Anders. J'ai déjà développé sur le sujet plus haut sur ce blog. Cela m'évoque aussi en pratique l'activité également de certains médias cannibales qui s'approprient bien souvent des informations et des idées sans citer légitimement leurs sources ou en les masquant.
Mais comment concrètement peuvent se produire des cas cannibalisme dans des sociétés où la consommation ou dévoration physique de l'Autre n'a plus cours ? Cas de force majeure avec l'exemple des joueurs d'une équipe de rugby uruguayenne perdue dans les Andes suite à une accident d'avion : pour survivre, ils en étaient venus à se nourrir de la chair humaine de membres de l'équipage déjà morts. Sinon, autre cas, je n'ai plus le livre sous la main, mais il y a bien sûr l'ouvrage de référence d'Alain Corbin : Le village des "cannibales". Dans le contexte général du passage du Second Empire à la IIIe République, au moment de la guerre de 70, l'historien rend compte de comment, sur le foirail d'un village du sud-ouest de la France, un jeune noble est physiquement harcelé, lynché dans une longue agonie et son corps en partie consommé. Acte exceptionnel ? Comment l'expliquer et en rendre compte ? La violence physique est bien entendu proscrite. Mais aujourd'hui, dans nos sociétés globalement policées et éduquées, la tentation du lynchage et de la consommation de l'Autre, d'une manière ou d'une autre, à l'échelle de groupes plus ou moins larges (de la bande locale au "village global"), peut continuer à exister même si elle ne franchit plus forcément le pas de l'agression physique (c'est à voir) ou en reste à la lisière. Affaires à suivre. On pensera aussi à une scène de Peer Gynt d'Ibsen où Peer manque de se faire dévorer par les Trolls.
Illustration... Un champignon atomique sur la pochette d'un disque de Count Basie en contraste avec la douceur des airs et des mélodies ? Paradoxal.
Depuis les bombardements de Hiroshima et Nagasaki... même s'il a fallu attendre le 15 août 1945 pour que le Japon se rende pour des raisons plus complexes... l'arme nucléaire a t-elle suffi à éteindre tous les feux, tous les conflits...? Non, bien sûr. Et d'autres cycles de violence ont vu le jour... et un feu prométhéen tant industriel que guerrier ou autre a continué à se développer jusqu'à nos jours sous diverses formes dans le Monde.
Reste alors à écouter un morceau de jazz pour se donner du courage ?
Mais que penser des bombardements atomiques sur deux villes du Japon au début août 1945 ? Qu'en penser symboliquement et pratiquement rétrospectivement ? Enchaînements mécaniques ? Expérimentations ? Résultats d'une "montée aux extrêmes" ? "Sacrifices ratés" ? Reports aléatoires de violence sur des victimes expiatoires dans la mêlée de la guerre ? Expressions d'une "vengeance" dans le cadre des relations internationales ?
Que se passe t-il entre le 6 et le 15 août 1945 ? L'utilisation de l'arme atomique, certes. Mais pas seulement. : l'entrée en lice aussi des Soviétiques sur le front japonais. Les bombardements atomiques ne sont ainsi pas les seuls facteurs pour rendre compte de la reddition du Japon face aux Etats-Unis alors que les bombes incendiaires sur Tokyo et leurs cent mille morts n'avaient pas suffi à emporter la décision. Cependant, cela ne remet pas forcément en cause mon interprétation, qui n'est qu'une interprétation symbolique (mais malgré tout efficiente), sur les bombardements de Hiroshima et de Nagasaki vus comme des "sacrifices ratés" qui n'empêchent pas la naissance de nouveaux cycles de violence ?... Qu'en penserait Patrick Boucheron qui a consacré une émission sur le sujet ? La bombe a eu un effet dissuasif, sans doute, par rapport à l'Union soviétique dans un premier temps. Mais elle n'a pas empêché d'autres rivalités de naître et d'autres conflits de se développer à l'ombre de la menace nucléaire. Pas d'extinction des feux, si on peut dire : avec l'essor d'une activité humaine technique et industrieuse, pas seulement guerrière, qui semble dangereusement perturber les équilibres naturels et environnementaux au détriments de tous.
Voir aussi : "Je suis Hiroshima 100 000 degrés de plus que toi". La violence emballée, Théâtre/Public, 1992. Notamment mis en ligne sur ce blog en 2021. Ou bien encore de façon plus développée : Emballage, mode d'emploi, Théâtre/Public, 1995. J'y appliquais une interprétation des relations internationales depuis 1945, de façon relativement inédite à l'époque, à partir des théories René Girard relatives au "désir mimétique". J'avais adressé ces articles à l'université de Stanford. Cependant, si les neurones miroirs fonctionnent, même si les rapports "mimétiques" peuvent faire obstacle, j'aurais aimé avoir un retour avisé, si ce n'est de René Girard lui-même (qui m'a donné des conseils pour un autre article portant sur Peer Gynt d'Ibsen), de Jean-Pierre Dupuy, Benoît Chantre ou Jean-Michel Oughourlian. Sinon, sur le thème de la vengeance dans les relations internationales, voir notamment le livre de Marie Robin, La vengeance et la paix, Paris, CNRS Editions, Biblis, 2025. De mon côté, je développais l'idée des retours de violence et des réactions de vengeance que pouvait susciter l'affirmation de la puissance américaine triomphante à partir de 1945. La trame d'une pièce de l'Emballage Théâtre m'en donnait l'inspiration en 1992.
En 1939, Charles Trenet écrivait Le Soleil et la Lune où l'on trouve ce couplet :
Des savants avertis par la pluie et le vent
Annoncèrent un jour la fin du monde
Les journaux commentaient en termes émouvants
Les avis les aveux des savants
Bien des gens affolés demandaient aux agents
Si le monde était pris dans la ronde
C'est alors que docteurs savants et professeurs
Entonnèrent subito tous en choeur
Dans ses révélations (redondance) "apocalyptiques", le "Fou chantant" se montre plutôt rassurant sur "la fin du monde" alors qu'on est, en 1939, à la veille ou au commencement de la Seconde Guerre mondiale tandis que la Presse fait monter l'"émotion" et que l'Opinion s'inquiète. Mais, pour l'occasion ou selon les lieux et les époques, l'unanimité chorale du diagnostic des "docteurs, savants et professeurs" n'est pas forcément garantie quant à l'issue des événements sur une hypothétique "fin du / ou d'un monde". A cet égard, "apocalypse" (étymologiquement : révélation) et "fin du monde" vont-elles toujours ensemble ? En dehors des références religieuses bibliques et évangéliques, on peut très bien imaginer des "révélations apocalyptiques" qui ne révéleraient pas précisément la fin du ou d'un monde ou, plus généralement, de grands bouleversements, mais traduiraient simplement la poursuite de jours plus ou moins, au choix, heureux ou malheureux.
Autre contexte, la crise environnementale actuelle, ancrée plus largement sur un temps plus long dans l'ère industrielle (ce qu'on appelle l'anthropocène), mais qui a pris des proportions et un tour de plus en plus dangereux et menaçants pour le genre humain ces dernières décennies. Ce 2 août, je découvrais sur Facebook un article diffusé par Annabelle Jarry et paru le 23 juillet dans AOC, intitulé "Apocalypse et fins du monde". L'article est relativement long et on peut directement s'y reporter. Je ne développe pas trop. L'auteur, le philosophe Pierre Dardot, y évoque le "fantasme apocalyptique" associé à l'annonce d'une "fin du monde" véhiculée au sein de la "sphère trumpiste" aux Etats-Unis (même si le trumpisme peut faire aussi des adeptes à l'international). Il y est question en particulier de Peter Thiel, qualifié de "techno-fasciste", président de Palentir Technologies (une société spécialisée dans les techniques de surveillance) en même temps qu'illuminé par une foi chrétienne réactionnaire.
Je m'en tiendrai essentiellement à relever la bibliographie affichée par Pierre Dardot dans son texte. Un article de Naomi Klein et Astra Taylor consacré à "la montée du fascisme de la fin des temps". Un ouvrage de de Quinn Slobodian : Crack-Up Capitalism (Capitalisme de la fragementation) traduit en français par "Le Capitalisme de l'apocalypse". Ailton Krenak avec Idées pour retarder le fin du monde, un livre sur les Améridiens qui ont vu et vécu la "fin d'un monde", la leur, et non celle plus largement "du monde". Dardot se réfère également à l'anthropologue Viveiros de Castro qui propose en modèles les modes de vie des peuples autochtones pour "retarder la fin du monde" même si se perpétue "la dévastation capitaliste et son déchaînement par le fascisme". Tandis qu'il cite également Julien Palotta sur "la manière de vivre de ces peuples" qui "les prépare déjà à vivre sur les ruines du monde capitaliste". Il reprend aussi Jakob Taubes : << La question originaire de l'apocalyptique est "quand ?" et la réponse évidente est bientôt. Cette proximité appartient à la nature même de la foi apocalyptique. >> Référence également à Günther Anders qui "renouvelle la question en s'interrogeant sur le temps ouvert par 1945 et la menace d'une catastrophe nucléaire (...)" . Enfin, il note que "le spectre d'une catastrophe nucléaire hante toujours certains discours, mais non sans s'hybrider à d'autres projections pour composer un fourre-tout inédit. Le rapport à la 'fin des temps' s'est modifié sous l'effondrement en cours et des multiples formes qu'il prend." En se référant à Maristella Stampa, il souligne que "ce qui est nouveau, c'est la nature anthropique de cette crise, de son ampleur planétaire et de son irréversibilité intrinsèque. La crise est multidimensionnelle (...), elle est une 'polycrise civilisationnelle' et, justement en cela, elle porte à leur paroxysme les récits de fin du monde."
Toutefois, la bibliographie ainsi affichée est relativement limitée par rapport à tout ce que sous-tend l'article et que Pierre Dardot oublie de mentionner bien que, d'une manière ou d'une autre, cela l'a sans aucun doute inspiré. Sur ce point, il oublie de mentionner les théories de René Girard sur le "désir mimétique" qui ont été récupérées de façon biaisée et erronée par la "sphère trumpiste" par l'intermédiaire de Peter Thiel. Des correctifs seraient à apporter point par point aux interprétations et conclusions qu'en tire Thiel. Certes, Girard fait référence aux notions de "fins du monde" (quand une société ou une civilisation plus large disparaît) ou bien encore à la Bible et surtout aux Evangiles (comme contre-modèle des sociétés sacrificielles) où il est question d'"Apocalypse". Mais d'apocalypse au sens d'abord de simple "révélation" qui nous renseigne sur le fonctionnement des rapports sociaux : pas seulement sur un plan purement religieux. Il peut s'agir, sur le plan littéraire, de "révélation romanesque" (Cervantès, Proust, Dostoïevski...) ou de "révélation théâtrale" comme dans l'essai de Girard sur Shakespeare. Parmi les "miméticiens", Dardot oublie également de citer Jean-Pierre Dupuy en matière de "catastrophisme éclairé" relativement notamment à la menace nucléaire depuis 1945 (Dupuy se réfère en particulier à Günther Anders). Il ne cite pas non plus le très écologiste Michel Serres (proche de Girard à Stanford) qui, dans La guerre mondiale, évoque non seulement la violence entre les hommes mais aussi la "guerre" menée par l'humanité contre son Environnement. En sortant des cercles "girardiens", dans le domaine de l'anthropologie et de l'ethnographie, Dorot ne cite pas non plus Philippe Descola qui propose, lui aussi, de s'inspirer de modes de vie ou d'action de populations autochtones pour faire face à la crise environnementale.
Concernant notamment les théories de René Girard, je soulignerai également que, depuis au moins deux articles parus dans Théâtre/Public au début des années 90 et un troisième sur Peer Gynt d'Ibsen qui a largement circulé, et depuis la tenue de mon blog à partir de 2010, mes écrits ont sans doute infusé intellectuellement auprès de nombreuses personnes. Dès 1992, je mettais en lien les théories girardiennes avec les nouveaux cycles de violence qui naissaient et se développaient après 1945 (voir mes comptes rendus sur les spectacles de l'Emballage Théâtre dont Je suis Hiroshima 100 000 degrés de plus que toi) à l'ombre de la menace nucléaire. Plus précisément, sur la notion d'apocalypse et de révélations, je peux renvoyer à certains articles (dont deux écrits en 2009 pour le mouvement de Roland Gori L'Appel des appels) de mon blog. Voir notamment : "On nous cache tout, on nous dit rien" : théories du complot et "révélations" shakespeariennes (27/02/2022) ; Petites et grandes passions et apocalypses (30/05/2022) ; ABCDaire miméticien, anarchique et désordonné (17/06/2022). Dans ce dernier article, je définis ainsi une Apocalypse : "non pas la fin du monde, mais la révélation d'une crise mimétique généralisée, mondialisée où éléments humains, économiques et naturels viennent à se confondre. Cf. René Girard, bien sûr, mais aussi Arthur Rimbaud (Qu'est-ce pour nous mon coeur...)." Mais aux révélations shakespeariennes (voir la notion de "crise du degré" ou du "degree" analysée par Girard pour Troïlus et Cressida) ou rimbaldiennes (voir mes écrits), on peut en ajouter d'autresqui ont une dimension a priori "apocalyptique". Avec London Calling ou Armageddon Time des Clash. Apocalypse heureuse de Boris Vian avec La java des bombes atomiques ? Et à quoi pensait Jacques Higelin en 1976 quand il sortait Alertez les bébés ? un long blues infernal aux paroles improvisées accompagnées au piano... une alerte pour les jeunes générations qui vont vivre dans la durée les conséquences d'une "crise" environnementale (quasi "structurelle") qui se prolongera...?
P-S : En France, à quand une "apocalypse" heureuse pour le passage à un "monde" meilleur ? Quand, notamment, chacun citera honnêtement ses sources ?
Dialogue dans The Big Sky, un western de 1953 de Howard Hawks, à propos des moustiques :
- Mais à quoi donc pensait le Bon Dieu quand il a inventé ces bêtes là ?
- A faire comprendre aux hommes qu'ils ne sont pas seuls sur Terre.
A cet égard, ces derniers jours, je me suis fais "dévorer" par des moustiques. Mais aujourd'hui, même s'il y en a des multitudes, j'ai réussi (pour me défendre) à en écraser quatre : (dégueulasse), ils étaient gorgés de mon sang.
Ce qui me rappelle également un documentaire animalier vu à la Télé. Etaient filmés des nuées de goélands qui se nourrissaient sur le dos de baleines en leur picorant la peau jusqu'au sang, en les meurtrissant. Les baleines ont bon dos. Mais, comme il est dit dans une blague (cf. JCD) : "C'est assez, dit la Baleine. Et je me cache à l'eau parce que j'ai le dos fin !"
The Big Sky de Howard Hawks. Un dialogue à propos des moustiques : animaux acteurs, comme les bisons, de la Conquête de l'Ouest.
Chasse à la baleine à leurs risques et périls : les marins avec leurs harpons et leur chaloupe sur le dos de Moby Dick.
"Et je me cache à l'eau..." Moby Dick s'enfuyant vers les grands fonds. Illustrations de Biffignandi et De Gasperi extraites de l'adaptation de Moby Dick d'E. Ciccino d'après Melville : Les Deux coqs d'or, 1965.
Ce que Jean-Marc Jancovici appelle le "syndrome d'Atlas".
Ici (à Buenos Aires) : Atlas portant la Nature (un Arbre) sur son dos... Mais on peut imaginer démultiplier les forces si Tout à Chacun y met du sien pour préserver l'Environnement dans ce Bas Monde...
Références musicales... "A Forest"...? ou "Comme un Arbre dans la Ville"...?
Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 24 août 2019 et 1er août 2026.
On a tous des doubles "mimétiques" voire "diaboliques" qui "s'inspirent" plus ou moins de vous ou de vos textes, en tout ou en partie, sans forcément le dire et qui parfois vous demandent votre avis comme une forme d'adoubement. Innocemment ? Cyniquement ? Inconsciemment ? "Amicalement" ? Les cas varient.
Je ne sais trop quoi en penser. Il y a près de sept jours, Lorenzo Soccavo m'a demandé de lire, via Facebook, un article qu'il avait rédigé mais où je trouvais partiellement des thèmes et des références communes avec des textes que j'ai publiés notamment sur mon blog, même si je n'aurais pas adopté la problématique qu'il met en place. Toujours est-il que les thèmes et les références de l'article m'interpellaient ("quelque part" ? comme on disait dans le temps). Comme il le signale aujourd'hui, Lorenzo a publié depuis cet article sur le site Viabooks dans une tribune intitulée : << Justice et Châtiment : faut-il repenser la place du "dessein moral" ? >> Cas d'école ? A la suite, à toutes fins utiles et sans épuiser le sujet, je remets en avant les commentaires (objections et compléments) que j'ai laissés sur Facebook à propos de cet article.
Critique (en vrac)... dans un "souterrain"...?
Commentaire de la semaine dernière :
<< Le Mal... un sujet auquel s'intéresse aussi Gombrowicz dans son Journal notamment ou encore Stephen King, ou bien James Ellroy... Le Diable dans Le Maître et Marguerite est le révélateur de tout ce qui est faux ou faussé dans la société... Image que reprend David Lynch dans la scène du théâtre de Mulholland Drive... Il faudrait que je relise attentivement l'article au-delà des références repérées... Sinon, il y a aussi pour Kundera le "kitsch" comme "paravent de la mort" dans les régimes du temps du "rideau de fer"... Le mythe d'Oedipe renvoie à des crimes pas seulement individuels, mais collectifs... Pour ce qui est de la question de Dieu et du Mal, je pense à un texte d'Adamov... Plus que juger, sinon, il s'agit de diagnostiquer ce qui cloche, l'injustice, dans l'instant comme sur le temps long pour pouvoir corriger les choses. >>
Commentaire d'aujourd'hui :
<< Je reviens sur le commentaire que j'ai déjà laissé. J'ai du mal à suivre l'auteur dans son raisonnement. Par contre, je retrouve quelques références qui, sur le thème du Mal ou d'autres thèmes, m'interpellent (car je les ai utilisées auparavant) : Le Maître et Marguerite, Bartleby, Lynch même si je ne me réfère pas à Twin Peaks. J'en reviens à la scène de Mulholland Drive où le Diable mène en playback un orchestre qui joue pour de faux. J'ai ainsi du mal à trouver dans nos sociétés authenticité et rédemption en ce domaine. >> Un article en "toc" ? J'ajouterai ici que notre actuel Président de la République ne donne pas forcément le "bon" (?) exemple en la matière : ni authenticité, ni rédemption. Mais il n'est sans doute pas le seul dans "l'orchestre".
(Source image intermédiaire : AbeBooks. Edition dans laquelle j'ai lu le roman quand j'étais ado) Lorenzo Soccavo fait référence à Crime et Châtiment de Dostoïevski : ce qui correspond à l'optique de sa problématique (le second tome, illustré ici, correspond bien à l'idée de "rédemption"). Pour ma part, j'ai fait d'avantage référence aux Carnets du sous-sol ou aux Démons de Dostoïevski analysés par René Girard autour des questions de "désir mimétique" ou de "dédoublement diabolique". A cette aune là, on peut dire que nos sociétés médiatiques avec notamment leurs mises en réseaux sont de véritables "enfers".
Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 28 juillet 2026.
Suite à un article à propos de la "crise environnementale" et sur la notion de "sûreté environnementale" comme une extension du droit et du principe de "sûreté" établi par la DDHC de 1789, j'ai eu un échange de mails hier matin avec un climatologue.
Comme il me le faisait remarquer :
"L'actualité de ces derniers jours est chargée de contradictions entre risque subi et réponse politique (...)
Réflexion d'ouverture : peut-on parler de crise environnementale alors que les phénomènes attribués à l'expression sont voués à se maintenir et évoluer sur plusieurs générations, rendant impropre l'utilisation du terme de crise qui par définition est quelque chose de passager ? "
Ce à quoi je répondais :
"(...) Ce ne sont plus des crises conjoncturelles ; mais comme cela dure, cela devient aussi structurel : lié à l'ère industrielle, à l'anthropocène ; mais avec des situations qui échappent désormais aux humains même s'ils les ont initiées. Il va donc falloir faire avec dans la durée. Au-delà de la DDHC de 1789, je ne sais pas quels cadres juridiques encadreront tout cela. De nouvelles façons de s'organiser socialement en lien avec l'écologie vont devoir être initiées. En attendant, du côté de Bordeaux, des sites industriels extrêmement dangereux peuvent être touchés par les incendies comme je l'entendais aux infos."
Mais comme je l'entendais aussi aux infos hier soir, je remarquais qu'Emmanuel Macron, à la fin de son intervention à Bordeaux, utilisait des éléments de langage proches de l'échange précédent. En particulier quand il évoquait, au-delà des "crises", des changements qui "dans la durée" devenaient "structurels". Quelles muses l'avaient inspiré ? Je ne sais. Mais plus prosaïquement, je sais aussi que les grandes oreilles et les grands yeux de l'Etat (mais aussi de beaucoup de médias institutionnels) captent beaucoup de choses et les reprennent souvent à leur compte sans sourcer l'information. C'est de l'histoire ancienne qui n'est pas propre aux mandats d'Emmanuel Macron et qui, dans la durée et la méthode, est devenue quasi structurelle. "Crisis ? What crisis ?" titre un album de Supertramp où un homme en chaise longue prend un bain de soleil, indifférent au paysage qui l'entoure ravagé par l'industrie et la pollution. Sur le même modèle d'inspiration, une photo circule en ce moment sur les réseaux représentant des touristes en chaise longue prenant la lumière d'un soleil voilé tandis qu'au loin dans le paysage les incendies font rage. Mais de quelle crise parle t-on ? En ce qui me concerne, à la "crise environnementale" - que tout le Monde constate à court terme ou, plus structurellement, sur le long terme -, j'ajouterai une crise de confiance dans l'honnêteté de nos politiques (mais aussi de beaucoup de représentants de nos médias institués) qui sont loin d'être à jour dans le respect de la Déclaration d'août 1789 quoi qu'ils disent. Simples impressions ? ou faits avérés ?
Un soleil voilé ? Le célèbre tableau de Claude Monet : "Impression, soleil levant" (1872). Mais le peintre français a essayé aussi de capter la lumière dans le Londres pollué par le "smog" de la fin du XIXe siècle.
Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 28 juillet 2026.
Comme je l'ai déjà écrit plus haut sur ce blog, la Sûreté n'est pas seulement le nom d'un service de police confié au début du XIXe siècle à François Vidocq sous l'Empire. Ce n'est pas non plus uniquement le nom de l'un des comités exécutifs de la Convention durant la Première République française. C'est aussi un principe établi pour tous les gouvernements constitutionnels par, loi suprême de l'Etat, la DDHC d'août 1789. Elle se rapproche de l'habeas corpus anglais, loi de protection des personnes (des citoyens en République), littéralement de protection de leur corps, de leur intégrité en général : notamment dans le cadre judiciaire où il s'agit, en cas d'arrestation, de notifier à la personne le motif de cette arrestation et de lui garantir un jugement rapide et équitable (non arbitraire). Mais ce principe est-il limitatif ou extensif ? La Sûreté ne consiste pas à assurer la sécurité des seuls représentants de l'Etat, mais de tous ses éléments constitutifs, de la nation entière, de tous les citoyens. Et pas seulement dans un seul domaine : la protection du corps en cas de menace physique ; telle, par exemple, la protection du maire d'Alès qui a été menacé de mort par la DZ Mafia. Il s'agit aussi de s'attaquer à tout ce qui menace l'intégrité physique et morale des citoyens quelle que soit leur condition. Dans le contexte actuel de crise environnementale, il s'agirait aussi pour l'Etat de garantir aux citoyens un environnement écologiquement viable. Les mesures prises par l'Etat, par ses représentants, ses gouvernants, doivent donc aller dans ce sens.
Le débat concernant la loi d'urgence agricole pose problème. Assure t-elle la Sûreté économique de nos agriculteurs ? Ou bien menace t-elle notre environnement, flore et faune comprises et l'eau (contaminée de façon pérenne) et par là-même aussi, et au premier chef, la santé des populations y-compris les agriculteurs ? L'autorisation en particulier de certains pesticides pour les cultures (noisettes et betterave sucrière en l'occurrence), au-delà du fait qu'elle représente une menace pour la santé (et donc la vie) des populations, ne va t-elle pas à l'encontre de nos principes constitutionnels ? En dehors du Conseil constitutionnel, on pourrait poser la question aussi au nouveau Défenseur des droits, récemment nommé; mais dont le parcours politique a été jusqu'à présent d'avantage marqué par des positions réactionnaires que par une prise en compte des nouvelles évolutions sociétales et environnementales de notre pays. Il serait intéressant de connaître son point de vue.
La Sûreté environnementale. Sujet de débat ? VRAI OU FAUX ? INFO OU INTOX ? Comment se repérer ? Pour former l'opinion du public, l'information sur la réintroduction de deux dangereux pesticides par la loi d'urgence agricole était traitée différemment, ce 22 juillet, par deux chaînes d'information continue du service public. Sur France 24, outre la journaliste Audrey Racine dans sa rubrique "Elément Terre" qui s'appuyait sur des données scientifiques sourcées à partir de revues spécialisées, intervenait aussi Pierre Sujobert, professeur des universités, praticien hospitalier en hématologie biologique. Tous deux rendaient compte des dangers des pesticides : que ce soit à grande échelle, pour la betterave sucrière, ou à une échelle plus réduite avec la culture des noisetiers. Sur France Info, où l'on rendait compte cette fois-ci des débats politiques, l'impact des pesticides sur la santé humaine et sur la biodiversité était minimisé et l'information scientifique était biaisée ou relativisée.
Que penser alors de ces pesticides qui polluent l'environnement depuis des décennies ? L'Américaine Rachel Carson alertait déjà l'Opinion à ce sujet dans les années soixante dans son essai Printemps silencieux. Mais la question me rappelle aussi une scène du film d'Hitchcock de 1959 La mort aux trousses où Cary Grant, poursuivi par des malfrats, se réfugie dans un champ de maïs où il est victime de l'épandage de pesticides toxiques par un avion. Mais au-delà des effets mortels ou mortifères immédiats, il faut en mesurer les effets nocifs à plus long terme sur au moins des dizaines d'années. On pense notamment aux effets du chlordécone utilisé dans la culture de la banane dans les Antilles françaises. La crise environnementale comprend une diversité d'aspects dont le réchauffement climatique qui favorise l'aggravation des feux de forêts. Les sapeurs pompiers sont les premiers à en constater et ressentir les effets.
Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 23 juillet 2026.
Outre l'adaptation de Christopher Nolan ou bien encore celle de Uberto Pasolini en 2024 avec Le retour d'Ulysse, on pense à la généalogie de toutes les adaptations et prolongements de l'oeuvre homérique établie par Gérard Genette dans Palimpsestes. La littérature au second degré. Mais moi, je pense aussi au Mépris de Jean-luc Godard (adapté de Moravia) dans les rapports entre Piccoli (Ulysse) et Bardot (Pénélope) et pour le tournage de L'Odyssée mené par Fritz Lang à Capri.
Mais je pense surtout aussi aux spectacles de l'Emballage Théâtre.
Castings... Mbembo en Solveig (sur la photo) dans Peer Gynt d'Ibsen ou Jocelyn Durvel en Achille dans Troïlus et Cressida de Shakespeare... une odyssée amoureuse entre la Norvège et le Monde ou une épopée tragique et comique au temps de la guerre de Troie en noir et blanc ou métissée par l'Emballage Théâtre au gré des circonstances et de l'époque...
Ambiance musicale, chansons perdues...? On pense notamment à Ibsen par Grieg adapté par Gainsbourg et interprété par Jane Birkin (Lost song)....
Mais au final, que penser globalement de l' Odyssée par Christopher Nolan ? Que nous dit ou raconte t-elle ? La palette en gris sombre sur grand écran est belle. Le casting est bigarré à l'image de l'Amérique d'aujourd'hui et de l'ère d'une mondialisation culturelle qui relie par les portables les populations et publics du Monde entier au sein d'une même civilisation numérique. Au passé comme au présent, qu'est-ce qui mène alors au conflit ? La différence et l'éloignement ? ou l'identité et la proximité ? On peut se le demander quand Achéens et Troyens qui, même s'ils portent des casques et des cuirasses de couleurs et de formes différentes, partagent les mêmes croyances, les mêmes dieux, une même culture ou civilisation. Dans l'imaginaire actuel, la figure d'Agamemnon, stylisée, par sa stature imposante et sombre rappelle un Dark Vador de l'Antiquité mais dont l'image est puisée dans la production culturelle contemporaine et adolescente de Star war. Les effets spéciaux sont là pour représenter notamment le Cyclope Poliphème ou mettre en scène le passage entre Charybde et Scylla ou bien encore l'épisode où Circé transforme en porcs les hommes d'équipage d'Ulysse. Panorama de la diversité de la beauté féminine, la beauté noire d'Hélène de Troie complète celle de la blonde Calypso. Si on resserre la focale sur le couple Ulysse et Pénélope, on retrouve Matt Damon et Anne Hathaway, vingt ans après leurs jeunes années de La mémoire dans la peau et du Diable en Prada, dans une belle maturité. Mais au combat final entre Ulysse et les prétendants, qui vire à la mêlée et presque au lynchage d'Ulysse pour ménager le suspense, je préfère peut-être la plus grande sobriété et l'intensité de la version d'Uberto Pasolini dans Le retour d'Ulysse en 2024 avec Ralph Fiennes et Juliette Binoche. Avec des moyens de théâtre dans l'évocation de la guerre de Troie, je garde aussi une tendresse pour la mise en scène de la tragi-comédie de Shakespeare Troïlus et Cressida par l'Emballage Théâtre en 1989 : où les effets comiques laissent ressentir les potentialités de la violence grecque qui va finir par emporter la cité d'Ilion.
Mbembo, non pas en Hélène de Troie, mais en Solveig dans Peer Gynt d'Ibsen par l'Emballage Théâtre en 1995.
Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 19 juillet 2026.
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Idée de ce blog : fixer et trouver un lieu de publicité pour un certain nombre de textes que j'ai fait passer via le net, au fil de l'actualité (la mienne, celle autour), ces trois dernières années. Trouver la verve pour en écrire d'autres et combler ainsi une forme de vocation journalistique; même si tout cela n'est qu'épisodique, sommaire, irrégulier et ne joue que sur une partie de la gamme.