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13 décembre 2022 2 13 /12 /décembre /2022 13:20

Le linguiste Henri Meschonnic  définissait comme un "ordre cosmique" une interprétation du monde trop univoque (à laquelle il associait les théories de René Girard), ou bien encore la mise en place de formes sociales trop absolues, rigides, figées, trop instituées à son goût (telle la langue française qui se "formalise" au XIXe siècle) ou trop formatées. Cependant, Witold Gombrowicz qui utilise, de son côté, le terme de "cosmos" (c'est le titre de son ultime roman) entendait plutôt la notion dans un sens contraire. Pour s'affirmer dans la vie, l'écrivain polonais tend à rejeter, par réaction, le poids de la ou des "Formes" trop imposantes qui se créent dans les rapport humains. Mais il voit dans le "cosmos" la possibilité d'une floraison permanente et infinie de formes qui se composent ou se décomposent en "constellations" ou en "galaxies" entremêlant l'humanité, les objets et la nature... Dans ce monde où tout est lié... et c''est devenu concrètement  encore plus tangible, de nos jours, avec la mondialisation et  nos sociétés de plus en plus interconnectées... il parle de la grande "Eglise interhumaine" (et de ses chapelles...?) pour désigner les formes qui naissent entre les personnes (les hommes, les femmes... les individus... les gens... voire les pèlerins ou les paroissiens pour filer la métaphore...)... Relations et formes qui  se créent moins, à cet égard, sur un plan de transcendance que sur un strict plan d'immanence aurait dit Gilles Deleuze... Et de ce point de vue, Deleuze qualifie le cosmos de Gombrowicz de "chaosmos"... Ainsi, dans cet univers, les formes, quelles que soient leurs natures, se combinent, se contaminent ou se subvertissent les unes les autres (ce qui peut évidemment conduire aussi, en termes astronomiques, à de véritables "trous noirs")... Combinaisons qui peuvent s'effectuer de façon aléatoire, mais où peut jouer aussi la volonté humaine... en toute conscience, voire avec cynisme ou perversité... C'est ce que décrit et met à nu Gombrowicz dans La Pornographie avec un motif qui rappelle en partie le film La Corde d'Alfred Hitchcock...  sur le thème d'un couple et plus largement d'une communauté qui se forgent, par le biais d'un meurtre, sur le dos d'un mort... Dans le roman, Gombrowicz met donc en scène deux adultes qui, par jeu, attirance et entremise, veulent  rassembler deux jeunes gens en les poussant à commettre un meurtre en commun... afin de mieux les unir entre eux, mais aussi à eux... Plus tôt dans l'histoire, l'auteur présente également comment, dans une église, l'un des adultes (élément marginal mais perturbateur) parvient subrepticement à subvertir la forme (et le fond) d'une cérémonie religieuse; processus d'où émerge la notion de "cosmos".

 

<< (...) "Il priait" aux yeux des autres et à ses yeux mêmes, mais sa prière n'était qu'un paravent destiné à cacher l'immensité de sa non-prière... c'était donc un acte d'expulsion, un acte "excentrique" qui nous projetait au-dehors de cette église dans l'espace infini de la non-foi absolue, un acte négatif, l'acte même de la négation. Et qu'arrivait-il ? Qu'est-ce donc qui commençait à se produire ? (...) à vrai dire, c'était comme si une main avait retiré à cette messe sa substance et son contenu (...) Et cette privation de contenu était un meurtre perpétré  en marge, en dehors de nous, en dehors de la messe, par le moyen d'un commentaire muet d'une personne de l'assistance. (...) Mais ce commentaire à part, cette glose meurtrière était l'oeuvre de la cruauté - l'oeuvre d'une conscience acérée, froide, pénétrante, impitoyable... et je compris que c'était une folie d'avoir introduit cet homme dans une église (...)

 

Mais c'était fait ! Le processus qui se déroulait devant mes yeux dénudait la réalité in crudo... il commençait par anéantir le salut et de ce fait rien ne pouvait plus sauver toutes ces gueules d'abrutis nauséabondes, dépouillées maintenant de tout style et offertes toutes crues, comme de bas morceaux de viande à l'étal d'une boucherie (...) Mais à l'anarchie de cette foule fauve aux mille têtes correspondait, non moins arrogante, l'impudeur de nos propres visages qui cessèrent d'être "intelligents" ou "cultivés" ou "délicats" et devinrent comme des caricatures privées de leur modèle (...) Et ces deux explosions de difformité, la seigneuriale et la paysanne, se rejoignaient dans le geste du prêtre qui célébrait... quoi ? Quoi ? Rien... Ce n'est pas tout, cependant.

 

L'église n'était plus une église. L'espace y avait fait irruption mais un espace cosmique déjà  noir et cela se passait même plus sur terre, ou plutôt la terre se transforma en une planète suspendue dans le vide de l'univers, le cosmos fit sentir sa présence toute proche, nous étions en plein dedans (...) Nous n'étions donc plus à l'église, ni dans ce village, ni sur la terre, mais - conformément à la réalité, oui, conformément à la vérité - quelque part dans le cosmos, suspendus dans le cosmos avec nos cierges et notre lumière et c'est là-bas, dans l'espace infini, que nous manigancions ces choses étranges avec nous et entre nous, semblables à des singes qui grimaceraient dans le vide. C'était là un jeu bien particulier, quelque part dans les galaxies, une provocation humaine dans les ténèbres, l'exécution de curieux mouvements et d'étranges grimaces dans le vide. Cette noyade dans l'espace s'accompagnait pourtant d'une extraordinaire résurgence du concret, nous étions dans le cosmos, mais comme quelque chose d'irrémédiablement donné, de déterminé dans les moindres détails. On sonna pour l'élévation. Frédéric s'agenouilla. >>

 

Plus loin dans le roman, après l'église, le cosmos et les galaxies, Gombrowicz utilise également le terme de "constellation", mais pour désigner cette fois-ci un univers plus domestique et coupé du monde  qui rapproche Frédéric et le narrateur absorbés par leur projet  criminel :

 

<<(...) Quand je me retrouvai à table, dans la constellation habituelle que nous formions tous les soirs, les problèmes de tous les jours revinrent m'assaillir, la guerre et les Allemands, la campagne et ses soucis, mais je sentais qu'ils me parvenaient de plus loin... (...). >>

 

Witold Gombrowicz, La Pornographie, Paris, éditions 10/18, 1985. Traduit du polonais par George Lisowski. Extraits des chapitres II et IX. Les extraits sont significatifs mais partiels. On  laisse les lecteurs se reporter par eux-mêmes au livre dans son entier  et aux passages cités dans leur exhaustivité.

 

Voûte céleste... La combinaison des formes chez Van Gogh : Nuit étoilée sur le Rhône (1888).

 

Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 26 février 2021 et 13 décembre 2022.

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11 décembre 2022 7 11 /12 /décembre /2022 15:52

D'une guerre à l'autre. En 1914, Blaise Cendrars s'engage dans la Légion étrangère. Trente ans plus tard, il fait la chronique de ses années de guerre dans les tranchées : celles de la Première Guerre mondiale où il a perdu une main.

 

<< Le Lys Rouge

 

(...........................)

 

Par une belle matinée du mois de juin, nous étions assis dans l'herbe qui envahissait notre parapet et cachait nos barbelés et qu'il allait falloir faucher et faner, nous étions assis dans l'herbe haute, devisant paisiblement en attendant la soupe et comparant les mérites du nouveau cuistot à ceux de Garnéro que nous avions perdu à la crête de Vimy, quand, tout à coup, cet idiot de Faval bondit sur les pieds, tendit le bras droit l'index pointé, détourna la tête la main gauche sur les yeux et se mit à pousser des cris lugubres comme un chien qui  hurle à la mort :

 

- Oh, oh, regardez !... Quelle horreur !... Oh, oh, oh !...

 

Nous avions bondi et regardions avec stupeur, à trois pas de Faval, planté dans l'herbe comme une grande fleur épanouie, un lys rouge, un bras humain tout ruisselant de sang, un bras droit sectionné au-dessus du coude et dont la main encore vivante fouissait le sol des doigts comme pour y prendre racine et dont la tige sanglante se balançait doucement avant de tenir son équilibre.

 

D'instinct nous levâmes la tête, inspectant le ciel pour y chercher un aéroplane.  Nous ne comprenions pas. Le ciel était vide. D'où venait cette main coupée ? Il n'y avait pas eu un coup de canon de la matinée. Alors nous secouâmes Faval. Les hommes devenaient fous.

 

- ... Parle, espèce d'idiot ! D'où vient cette main ? Qu'est-ce que tu as vu ?...

 

Mais Faval ne savait rien.

 

- ... Je l'ai vu tomber du ciel, bredouillait-il en sanglotant les mains sur les yeux et claquant des dents. Elle s'est posée sur les barbelés et a sauté à terre comme un oiseau. J'ai d'abord cru que c'était un pigeon. J'ai peur. Quelle horreur !...

 

Tombée du ciel ?

 

Il n'y avait pas eu un avion de  la matinée, pas un coup de canon, pas une explosion proche ou lointaine.

 

Le ciel était tendre. Le soleil, doux. L'herbe printanière, pleine d'abeilles et de papillons.

 

Il ne s'était rien passé.

 

Nous ne comprenions pas.

 

A qui était cette main, ce bras droit, ce sang qui coulait comme la sève ?

 

(.........) >>

 

Réalisme fantastique ? La main coupée décrite par Cendrars est comme une étrange  et surprenante "énigme" qui se pose là au milieu des réalités de la guerre. Rapprochements d'idées. La main posée là rappelle l'oreille coupée trouvée dans l'herbe au début du film Blue velvet de David Lynch. Ou bien encore le moineau pendu que les protagonistes de Cosmos trouvent dans la nature au début du roman de Gombrowicz. Ou bien alors le cadavre incongru étendu au milieu d'un chemin d'une campagne paisible  tel que le filme Alfred Hitchcock dans Trouble with Harry... ou en français Mais qui a tué Harry ? ... Autant d'énigmes à résoudre...?

 

 

Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 11 décembre 2022.

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27 novembre 2022 7 27 /11 /novembre /2022 12:33

Télescopages... Où il ne s'agit pas tant ici de la chanson de Cy Cohen adaptée par Fernand Bonifay pour Johnny Hallyday en 1960 que de Nevermore de Paul Verlaine extrait des Poèmes saturniens... "C'est beau comme du Verlaine" dit une autre chanson... Mais on peut garder l'air de Cy Cohen... entêtant...!

 

Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L'automne

Faisait voler la grive à travers l'air atone,

Et le soleil dardait un rayon monotone

Sur le bois jaunissant où la brise détonne.

 

Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,

Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.

Soudain, tournant vers moi son regard émouvant :

"Quel fut ton plus beau jour ?" fit sa voix d'or vivant,

 

Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.

Un sourire discret lui donna la réplique,

Et je baisai sa main blanche, dévotement.

 

- Ah ! les premières fleurs, qu'elles sont parfumées !

Et qu'il bruit avec un murmure charmant

Le premier oui qui sort des lèvres bien-aimées !

 

Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 27 novembre 2022.

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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 11:40

L'adaptation par Terry Gilliam en 1988 des Aventures du Baron de Munchausen... (Une référence à partir d'un échange ce jour avec Robert Cervetti)... Voyager sur un boulet de canon...

 

Doctor Strangelove de Stanley Kubrick en 1964... Voyager sur un missile à ogive nucléaire...

 

Les boulets de canon et les missiles sont-ils les seuls vecteurs de voyages que connaissent et conçoivent les dirigeants russes et nord-coréens...?

 

Soft power... La musique : vecteur de voyages plus sympathiques...? Peut-on leur opposer notamment le "Freedom sounds" des Skatalites...?

 

 

Et, sans même parler de Mars... que penser de l'enjeu des voyages vers la lune...? Source d'inspiration pour la littérature, le cinéma, la musique (on pense à Sinatra)... et source aussi de rivalités de puissances...

 

Le Voyage dans la lune  de Georges Méliès (Source : Cinémathèque française)

 

Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 15 novembre 2022.

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14 novembre 2022 1 14 /11 /novembre /2022 19:18

Moyens de transport écologiques... ou pas ? Se déplacer de par le monde dans la première partie des années soixante... Sic transit...? Paris / Viroflay...? ou Paris / Rio...?

 

1) Le train... le prendre... en descendre... y revenir... "Quelle aventure...?!"...

 

(Source image intermédiaire : Box Office Story)

 

2) Courir, marcher dans Paris... (prendre le métro...? "Ah ! Paname !")... de la gare de Lyon à l'île Saint Louis...

 

3) Enfourcher une moto... direction Orly...

 

(Source image intermédiaire : France TV Info)

 

4) L'avion... le prendre... traverser l'Atlantique... en redescendre...

 

(Source image intermédiaire : Philippe de Broca)

 

5) Courir, sauter dans un tramway... marcher dans Rio ou Brasilia... marcher au bord du vide...

 

(Source image intermédiaire : CineCommedies)

 

... marcher sur des planches en haut d'un building...

 

(Source image intermédiaire : CineComedies)

 

6)Nager dans la baie de Rio... revenir en ski nautique... danser... prendre la voiture... Faire du stop...

 

(Source image intermédiaire : Vodkaster / Télérama)

 

... ou rouler en décapotable rose bonbon avec des étoiles vertes...

 

(Source image intermédiaire : Julie Wood / Twitter)

 

7) Le vélo... traverser Brasilia...

 

(Source image intermédiaire : Art design tendance)

 

8) Monter au ciel / tomber du ciel... piloter un avion... sauter en parachute...

 

(Source image intermédiaire : Nerdist)

 

9) Amazonie... prendre une pirogue... se mouvoir dans une bagarre... marcher sur l'eau... prendre un bateau... sauter de liane en liane... se faire transporter en camion de chantier sur une voie transamazonienne...

 

 

Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 14 novembre 2022.

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13 novembre 2022 7 13 /11 /novembre /2022 12:31
Pour me rendre à mon bureau
 
Un chanson (1945) de Jean Boyer interprétée notamment et notablement par Georges Brassens :
 
Pour me rendre à mon bureau, j'avais acheté une auto Une jolie traction avant qui filait comme le vent C'était en juillet 39, je me gonflais comme un bœuf Dans ma fierté de bourgeois d'avoir une voiture à moi Mais vint septembre, et je pars pour la guerre Huit mois plus tard, en revenant Réquisition de ma onze chevaux légère Nein verboten provisoirement
 
 
Pour me rendre à mon bureau alors j'achète une moto Un joli vélomoteur faisant du quarante à l'heure À cheval sur mon teuf-teuf je me gonflais comme un bœuf Dans ma fierté de bourgeois de rentrer si vite chez moi Elle ne consommait presque pas d'essence Mais presque pas, c'est encore trop Voilà qu'on me retire ma licence J'ai dû revendre ma moto
 
 
Pour me rendre à mon bureau alors j'achète un vélo Un très joli tout nickelé avec une chaîne et deux clés Monté sur des pneus tout neufs je me gonflais comme un bœuf Dans ma fierté de bourgeois d'avoir un vélo à moi J'en ai eu coup sur coup une douzaine On me les volait périodiquement Comme chacun d'eux valait le prix d'une Citroën Je fus ruiné très rapidement
 
 
Pour me rendre à mon bureau alors j'ai pris le métro Ça ne coûte pas très cher et il y fait chaud l'hiver Alma, Iéna et Marbœuf je me gonflais comme un bœuf Dans ma fierté de bourgeois de rentrer si vite chez moi Hélas par économie de lumière On a fermé bien des stations Et puis ce fut, ce fut la ligne toute entière Qu'on supprima sans rémission
 
 
Pour me rendre à mon bureau j'ai mis deux bons godillots Et j'ai fait quatre fois par jour le trajet à pied aller-retour Les Tuileries, le Pont-Neuf je me gonflais comme un bœuf Fier de souffrir de mes cors pour un si joli décor Hélas, bientôt, je n'aurai plus de godasses Le cordonnier ne ressemelle plus Mais en homme prudent et perspicace Pour l'avenir j'ai tout prévu
 
Je vais apprendre demain à me tenir sur les mains J'irai pas très vite bien sûr mais je n'userai plus de chaussures Je verrai le monde de bas en haut c'est peut-être plus rigolo Je n'y perdrai rien par surcroît Il est pas drôle à l'endroit
 
Source : Peermusic Publishing / Lyric Find.
 

 

Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 13 novembre 2022.
 
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12 novembre 2022 6 12 /11 /novembre /2022 21:14

Urgence écologique... Quel moyen de transport choisir...?

 

L'avion...? ou la course à pieds...?

 

 

Le train...?

 

(Source image intermédiaire : Obscure train movies.)

(Source image intermédiaire : CrimeReads.)

 

Le bus ou l'autocar...?

 

(Source image intermédiaire : Reddit.)

(Source image intermédiaire : Cinematek.)

 

Ou encore la voiture...?

 

(Source image intermédiaire : Youtube.)

 

Blog de Philippe Prunet  (Overblog) : 12 novembre 2022.

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12 novembre 2022 6 12 /11 /novembre /2022 13:10

 

Par delà les fleuves et les océans :

 

"J'ai fait un pont de ma vie

 

Et de l'Ukraine à la Russie

 

Il enjambe tous les pays

 

De l'Alaska à Miami

 

Sur tous les continents surpris

 

(....) "

 

Danse s'y : des paroles d'Etienne Roda Gil sur une musique de Julien Clerc.

 

Source image : So Foot.

 

Source image : Imago

 

Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 12 novembre 2022.

 

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11 novembre 2022 5 11 /11 /novembre /2022 12:08

Reprise d'un article de 2018 :

 

L'OEIL DE LA CAMERA 39

 

   palpitant à peine la lumière du jour s'étend sur le calme vermeil pénètre dans la calme obscurité éclate en rouge à travers mes paupières chaudes et pleines de sang douces et tièdes elles s'ouvrent

    bleu immense jaune et rose

    aujourd'hui c'est Paris (..............................)

    Paris de 1919

    paris-mutuel

    une immense roulette qui tourne autour de la Tour Eiffel carreaux rouges carreaux blancs un million de dollars un million de marks mille milliards de roubles baisse du franc ou un mandat de la SDN pour la République de Montmartre

    Cirque Médrano l'opulence des steeple chase la gravité des violons contrebasses qu(on accorde sur la scène de la salle Gaveau hautbois et triangles    la musique s'en fout de moi dit la vieille marquise toute cliquetante de diamants en se dirigeant vers Stravinsky    mais la casaque rouge rata l'obstacle et nous perdîmes tout notre argent

    la peinture en face de la Madeleine    Cézanne Picasso Modigliani

    Nouvelle Athènes

    la poésie des proclamations à l'encre fraîche dans les kiosques et les slogans griffonnés à la craie dans les pissotières L'UNION DES TRAVAILLEURS FERA LA PAIX DU MONDE

    la révolution tourne autour de la Tour Eiffel comme une roulette

    et nos prévisions de l'an dernier brûlent les dates s'envolent du calendrier nous ferons tout à neuf c'est l'année première    c'est aujourd'hui le premier jour du printemps et le soleil luit

Nous avalons notre café faisons gicler de l'eau sur nos corps nous glissons dans nos vêtements dégringolons les escaliers et sortons bien éveillés dans ce premier matin du premier jour de la première année

 

John Dos Passos, L'an premier du siècle (1919)

traduction de Yves Malartic

 

 

Question du jour : Sortir de la guerre...? Que s'est-il passé depuis la Conférence de la paix de Paris en 1919 jusqu'au Forum pour la paix qui s'ouvre à Paris ce 11 novembre 2022...? Une longue histoire...

 

Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 11 novembre 2022.

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1 novembre 2022 2 01 /11 /novembre /2022 17:39

Panorama de la colline Saint Sauveur au-dessus de Mantes la Jolie... on y arrive en remontant les coteaux de la Seine  à partir de Limay via le chemin des Gloriettes... Au loin à droite, à côté d'une table d'orientation, ce qui resterait d'une ancienne potence viking...

 

Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 1er novembre 2022.

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Présentation

  • : Le blog de philippe prunet
  • : Idée de ce blog : fixer et trouver un lieu de publicité pour un certain nombre de textes que j'ai fait passer via le net, au fil de l'actualité (la mienne, celle autour), ces trois dernières années. Trouver la verve pour en écrire d'autres et combler ainsi une forme de vocation journalistique; même si tout cela n'est qu'épisodique, sommaire, irrégulier et ne joue que sur une partie de la gamme.
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