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14 septembre 2022 3 14 /09 /septembre /2022 12:22

Public (?) or private (?) image limited (?) or extended (?)... Ou, pour reprendre sommairement le titre du quatrième volet de la série "L'Oeil de l'histoire" éditée aux Editions de Minuit par le critique d'art et historien de l'image Georges Didi-Huberman : "Peuples exposés," (et/ou) "peuples figurants"... (?) Dans le cadre d'une "géopolitique des passions françaises" ou, plus largement, d'une étude des "peuples au miroir du Monde", on peut tenter de mesurer la visibilité des peuples les uns par rapport aux autres au sein de sociétés de plus en plus interconnectées et médiatisées à l'échelle internationale et au sein d'une même civilisation mondialisée de l'image qu'ont permis les progrès de l'informatique et de l'internet au-delà des modes de communication plus anciens ou plus traditionnels. Le Royaume-Uni à l'occasion du décès et de la succession d'Elizabeth II peut fournir un cas d'espèce. A cet égard, il faut distinguer les peuples saisis à leur échelle nationale ou bien en fonction de leurs catégories sociales. Comment donc ainsi envisager le Royaume-Uni à travers sa monarchie, son(/ses) peuple(s), sa ou ses "nations"...? Quelles images ou représentations en retirer aux yeux des uns et des autres...?

 

Détour par l'Iran... ces questions, je me les étais déjà posées en 1990 et 1991 à travers des mémoires d'histoire sur La Révolution iranienne au miroir de la presse française"  et, plus largement, sur L'Opinion française et l'Iran depuis 1945. Pour ce qui était du contenu des représentations, il s'agissait de dégager une "imagologie interculturelle" de l'Iran. C'est-à-dire, selon l'essai de Jean-René Ladmiral et Edmond Marc Lipiansky sur La communication interculturelle (Paris, Armand Colin, 1989) : "l'analyse sémiotique et socio-historique des identités nationales", la science ou la logique des images qui "analyse le contenu des représentations collectives qu'un peuple se fait d'un autre (hétéro-images) et de lui-même (auto-images)." Mais comment procéder ? et comment préciser encore mon objet ou sujet d'étude? En complément, je mettais en exergue une problématique à la Prévert inspirée de son texte La balade de Picasso dite en son temps par Yves Montand. Ainsi :

 

<< Un "peintre de la réalité" veut peindre une pomme. Or, la pomme ne se laisse pas peindre telle quelle : insensiblement elle bouge, se met en scène, se donne les "apparences de la réalité". Le point de vue du peintre se modifie à son tour, l'observateur se trouble. Surgissent des "associations d'idées charitables et redoutables de charité et de redoutabilité". Sur ce arrive Picasso qui croque la pomme et laisse au "peintre de la réalité" les "pépins de la réalité". >>

 

J'ajoutais :

 

<< Pour ma part, je ne m'intéresserai ni aux "pépins de la réalité" ni à la pomme en soi (l'objet indirect de l'étude, l'Iran, ne pouvant être "croqué", si ce n'est dans le sens figuré d'une représentation), mais me pencherai sur la réalité extérieure et la périphérie de la pomme, c'est-à-dire de l'Iran. Quelles "apparences de réalité" se donne t-elle ? celles d'un Etat moderne ou d'une Etat islamique ? Comment les observateurs tentent-ils de saisir et de décrire la réalité iranienne ? Par le biais de quelles "associations d'idées" certains observateurs réagissent-ils à la réalité iranienne ou à ses apparences sur les plan idéologique, politique, humanitaire, etc. ? >>

 

Dans ces conditions, au-delà même des évolutions dans le temps de la masse de la couverture médiatique sur l'Iran, quelle(s) image(s) retenir de ce pays ? C'est la question que se posait notamment Marc Kravetz dans Irano nox (Paris, Grasset, 1982) après avoir couvert pour Libération les débuts de la République islamique :

 

<< Sujet intéressant : tu montres une fille en jean ou en pantalon crème, un type qui a mal à l'oeil et qui se fait examiner par une femme qui peut être la sienne et tu dis : j'ai vu ça en Iran. On te demande quel rapport ça peut bien avoir avec l'Iran et tu réponds : le rapport c'est que nulle part ailleurs, je n'aurais eu envie de prendre un tel cliché. >>

 

Mais, pour en revenir aux actualités du jour, si l'Iran revient occasionnellement à la une des médias tandis que la guerre en Ukraine attire de façon constante l'attention (du moins en Occident) depuis février 2022, le Royaume-Uni est à la une en ce mois de septembre depuis le décès de sa reine : qu'on rappelle historiquement le passé ou que l'on suive pas à pas les étapes et les cérémonies liées à la succession de la souveraine. Cependant, quelles images ou représentations en retenir ? Le Royaume-Uni peut constituer un cas d'école. C'est, au sein d'un Etat multinational, le cadre politique, celui de la monarchie parlementaire  avec un focus sur la famille royale, qui est mis en avant. A cet égard, dans sa biographie de Shakespeare, Stephen Greenblatt souligne l'importance du spectacle que constituait la royauté au temps d'Elizabeth 1ère dont il reprend les paroles : "La princes vivent sur une scène à la vue du monde entier." Ce qu'on peut compléter par une citation de La société réfléchie, un essai paru au Seuil en 1989, où Eric Landowski note : "Spéculairement, la communauté sociale se donne en spectacle  à elle-même et, ce faisant, se dote des règles nécessaires à son propre jeu."  Même si, depuis le XVIIe siècle, le pouvoir anglais s'est progressivement démocratisé en passant au Parlement, la royauté reste un symbole d'unité et continue à se donner en représentation. La télévision après guerre a contribué à accroître le phénomène à une échelle mondiale. Les Windsor, famille "exposée" pour représenter symboliquement son ou ses peuples : ces derniers ne seraient-ils pour autant qu'un ou des "peuples figurants" ? On sait que, par delà la nation politique britannique et la place prépondérante que l'Angleterre y occupe, les autres nations (qu'on peut qualifier de "culturelles") qui constituent le Royaume-Uni sont, non seulement représentées sur l'Union Jack mais aussi par des parlements locaux. C'est cette reconnaissance qu'entendaient signifier les visites de Charles III en Ecosse et en Irlande du Nord. Ce qui n'empêche pas pour autant des velléités d'indépendance comme en Ecosse alors que le rejet du Royaume-Uni n'exclut pas un désir de réintégrer l'Union européenne. Quant aux peuples du Commonwealth, selon les cas, les liens avec la Couronne sont devenus plus ou moins lâches. Mais, sur le plan strictement intérieur, si on s'en tient aux catégories sociales, les classes populaires, dont un cinéaste comme Ken Loach donne l'image dans ses films, peuvent-elles continuer à se reconnaître dans la monarchie britannique ? Que ce soit sur le plan "national" ou "social", se posent ainsi le problème de la visibilité plus ou moins limitée ou étendue des "peuples" par rapport à leurs catégories (élites...?) représentatives  ou dirigeantes. Comment alors faire "nation" ? Dans l'adversité...? C'est ce que montrent les réactions des Ukrainiens à l'attaque russe de leur territoire et à l'agression de leur population. Mais au-delà des combats sur le terrain, c'est sur le plan médiatique, tant au plan international qu'auprès des opinions publiques intérieures, que se joue également le conflit. Conflits plus ou moins couverts médiatiquement. C'est à un moment où l'Opinion internationale est focalisée sur l'Ukraine que l'Azerbaïjdan en profite pour attaquer territorialement l'Arménie.  Sinon, que ce soit en monarchie ou en république, ce qu'évoque aussi le spectacle de la royauté des Windsor, c'est que la transparence et la publicité des vies passées au crible de veilles plus plu sou moins intrusives s'est largement étendue tant en démocratie que dans les dictatures. "Public or private images limited or extended"....?

 

(Source image intermédiaire : Larousse)

 

Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 14 septembre 2022.

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