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10 septembre 2022 6 10 /09 /septembre /2022 18:54

Source : Jean-Jacques Chevallier, Les grandes oeuvres politiques depuis Machiavel, Paris, Armand Colin, 1949/1983. Un compte rendu  des Six livres  de la République (1576) de Jehan Bodin.

 

Puisque beaucoup de personnes s'interrogent toujours sur la notion de "République" dont le contenu a varié dans l'histoire selon les contextes, on peut retenir de l'étude de J-J Chevallier  à propos de Bodin un certain nombre d'images et de conceptions... Il ne s'agit pas de penser absolument comme tel ou untel, mais de s'en servir comme base (ou point de départ, ou étape) de réflexion... L'article fonctionnera ici comme une contraction de texte avec en marge, en contrepoint ou en parenthèses quelques remarques et associations d'idées.

 

Contexte de l'ouvrage : celui des guerres de Religion durant la seconde moitié du XVIe siècle, quatre ans après le massacre de la Saint Barthélémy de 1572. Le juriste angevin Jehan Bodin appartient au parti des Politiques dominé par la figure de Michel de l'Hôpital (né à Aigueperse) jusqu'en 1573 et qui se sépare à la fois des du parti catholique et du parti protestant en prêchant la tolérance ("germe timide de la liberté de conscience" comme le note Chevallier) tout en défendant l'autorité royale pour relier (au sens étymologique) à nouveau entre eux les partis séparés et donc de maintenir l'unité du royaume de France. Paradoxe des termes et oxymore à nos yeux, la République que Bodin entend défendre est donc royale ou du moins monarchique.

 

Antécédents : en 1566, Bodin publie en latin une Méthode pour faciliter la connaissance de l'Histoire car il cherche dans l'histoire un esprit des lois. La République quant à elle a été écrite en langue vernaculaire pour toucher justement un plus grand public. C'est une somme de six livres. Et comme le note poétiquement Chevallier : "De cette mer d'idées, de raisonnements, de faits, de textes et de commentaires, une île centrale émerge, baignée d'une lumière dure qui fait saillir ses nets contours : c'est la souveraineté."

 

Selon Bodin : "République est un droit  gouvernement de plusieurs mesnages et de ce qui leur est commun, avec puissance souveraine."  La République  s'entend ainsi à la mode antique comme la chose publique, la communauté politique en général, mais ordonnée et dont la famille (celle d'Ancien Régime) serait le point de départ et la souveraineté le ciment. Cette dernière peut résider théoriquement dans la multitude (démocratie) ou dans une minorité (aristocratie) ou dans un seul homme (monarchie; même si en période de régence, le gouvernement peut être assuré par  la reine mère telle Catherine de Médicis). Le protestant monarchomaque François Hotman est favorable à un mixte des trois types de gouvernements. Bodin, de son côté, est en faveur de la monarchie afin de maintenir au mieux la cohésion de l'Etat. Mais une monarchie non tyrannique guidée par les "lois de nature",  respectant les "personnes libres". Monarchie légitime qui peut être gouvernée aristocratiquement  ou populairement, mais pour laquelle il préfère, par "sagesse", une voie harmonique et "entremêlant doucement les nobles et roturiers, les riches et les pauvres" selon leurs mérites. Monarchie basée également sur le conseil de ses sujets à travers des assemblées consultatives (Sénat, Parlement ou Etats). Mais avec la détention d'une souveraineté royale une et indivisible où  aucune des sociétés "partielles" ne saurait exister sans permission du souverain. Une République très monarchique par conséquent.

 

Conclusions littéraires : Chevallier note l'hommage de Montaigne à Bodin comme un "bon auteur de notre temps".  En reprenant Fournol, il définit la souveraineté selon Bodin comme un "bloc de marbre qui ne peut être dépecé". Par lui même, il la décrit telle une "statue géante de déesse sévère, belle dans son abstraction, à la façon de la Beauté selon Baudelaire (belle comme un rêve de pierre), haute figure sacrée, exigeante et dominatrice, nimbée d'une aveuglante auréole, régnant pour leur bien sur les hommes anarchiques..."

 

Allégorie de la République démocratique, qu'en penserait aujourd'hui Marianne dans sa multitude... ? ou bien encore, si elle pouvait parler, la statue de la Liberté...?

 

 

Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 24 janvier 2020 et 10 septembre 2022.

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