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21 janvier 2022 5 21 /01 /janvier /2022 17:57

Reprise d'un article du 14 mai 2018.

 

Dans le cadre d'une "géopolitique des passions françaises", comment mesurer l'intérêt variable de l'"Opinion publique" d'un pays pour un autre pays... au fil de l'actualité...? Et aussi, comment analyser le contenu de ce qu'on peut appeler l'"imaginaire des peuples" pour reprendre une expression de Stéphane Rozès...? En 1991, mon but était de mesurer l'intérêt de l'"Opinion" française (dans sa diversité) pour l'Iran relativement à d'autres pays dans le monde (la Chine, la Russie... d'autres...) ... En introduction, je précisais quelques thèmes pour aborder  le sujet (L'Opinion française et l'Iran depuis 1945, Lille 3)...

 

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1) La figure emblématique de l'ayatollah Khomeiny n'est pas sans évoquer une caricature parue dans le journal anticlérical La Lanterne vers les années 1880 représentant le visage méphistophélique d'un prêtre catholique et dont la légende était "L'Eglise, voilà l'ennemi !"; légende qu'on pourrait remplacer en sous-titre d'une photographie ou d'une caricature de Khomeiny par "L'Iran, voilà l'ennemi !" ou "L'Islam, voilà l'ennemi". (cf. notamment Pierre Péan, La Menace, Paris, Fayard, 1987)

 

2) En 1989 (répression de la place Tien Anmen), les images répressives de la Chine et de l'Iran se rejoignent : ce que symbolise un dessin de Plantu (Le Monde, 6 juin 1989) représentant l'ayatollah Khomeiny moribond passant le bâton de la répression à Deng Xiaoping lors d'une course de relais (...)

L'image révolutionnaire de l'Iran est donc avant tout, aujourd'hui (1991), négative. La figure de Che Guevara (qui peut faire penser à celle de Lord Byron peint par Philips) a fait perdurer jusqu'à nos jours une aura romantique autour de la révolution cubaine; mais l'effondrement du communisme en Europe de l'Est a fait se rejoindre, là aussi, les "barbus" de Téhéran et de la Havane comme symboles d'un "intégrisme" entendu comme le rejet de la démocratie et des valeurs occidentales. Cependant, comme le note Semih Vaner (chercheur au CERI et fondateur du CEMOTI) dans un article de Libération ("Paris-Ankara-Téhéran") du 17 septembre 1991 : "L'un des rares effets positifs de la guerre du Golfe aura été d'atténuer l'image de l'Iranien-chiite-le couteau-entre-les-dents."

 

3) La notion de Tiers-monde, employée pour la première fois dans l'article d'Alfred Sauvy "Trois mondes, une planète" paru dans L'Observateur du 14 août 1952, apparaît concomitamment à la crise de la nationalisation des pétroles iraniens. Il s'agira de voir si elle a été prise en compte par les contemporains pour analyser cette crise, alors que la notion de Tiers-monde semble surtout être associée à la crise de Suez comme l'évoque le titre de l'ouvrage de Marc Ferro, 1956, Suez naissance d'un tiers-monde (Bruxelles, Complexe); ouvrage où, par  ailleurs, Mossadegh fait figure de précurseur.

 

4) La relation de proximité entretenue autrefois par le monde grec, puis par le monde romain avec l'Empire perse au contact de leurs marges communes se retrouve d'un certaine manière aujourd'hui, malgré l'éloignement géographique, par le biais de la médiatisation massive de la presse écrite et audiovisuelle, mais aussi par la médiation de la religion qui ferait des banlieues françaises où se concentrent des populations d'origine musulmane, les banlieues d'un Islam dont l'épicentre se trouverait à Téhéran. Ainsi, dans Les Banlieues de l'Islam (Paris, Points-Seuil), Gilles Kepel isole un " moment iranien", chapitre consacré à l'influence de l'Iran islamique dans ces banlieues.

 

5) On retiendra des années 70 le couplet d'une chanson de Serge Gainsbourg ("My lady héroïne", 1975) où le chanteur réutilise deux stéréotypes traditionnels de la Perse : l'image d'un Orient capiteux, féminisé, érotisé ou celle plus folklorique du marché persan, mais pour les rapporter à une réalité contemporaine plus âpre, celle de la drogue et de son trafic.

La superposition de ces deux traits tend ainsi à donner de l'Iran une image de perversion et de corruption. C'est ce même paradoxe d'une image des "Mille et une nuits" véhiculée par le régime impérial à l'étranger et d'une réalité toute autre, notamment en matière de drogue, qui est dénoncée par la presse française de gauche. Ainsi, Raymond Lavigne, dans un article de L'Humanité Dimanche, intitulé "Un comte des mille et une nuits", paru le 29 octobre 1967 et qui relate le couronnement impérial du chah et de la chabanouh, insère une série de brèves encadrées dont les titres sont : "Sur fond de misère"", "Tyrannie et concussion" et "Stupéfiants" (...)

 

6) (...) si l'on suit la production livresque concernant l'Iran au cours des années 80, le pays apparaît d'abord comme le symbole d'un monde musulman austère, sujet à l'étude, mais qui, de menaçant, finit par fasciner et même à inviter au voyage. Avant que n'intervienne l'assassinat de Chapour Bakhtiar, la politique de "normalisation" avec l'Occident menée par Hachemi Rafsandjani, tandis que l'Irak faisait figure de nouvel ennemi public numéro 1 international, avait conféré à l'Iran islamique une image plus rassurante. Ainsi, alors qu'on ne trouvait quasiment plus dans les librairies de guides touristiques sur l'Iran, L'Evénement du jeudi sortait au printemps 1991 un numéro hors série sur "les 170 pays où passer vos vacances" où un article était consacré aux conditions pratiques d'un voyage touristique en Iran.

 

7) (En matière de variétés...) seule Véronique Sanson en 1989, en prenant Allah à témoin contre l'intolérance et le fanatisme religieux, évoquait implicitement l'Iran. Cependant, la menace terroriste que faisait alors planer le contexte de l'affaire Rushdie a incité la chanteuse à retirer le titre de son répertoire tandis que les disquaires retiraient les albums des leurs étalages. Ainsi, après le terrorisme physique, marqué en France par divers attentats au cours de la décennie, la "menace" iranienne renaissait de ses cendres, tel un mauvais génie, à travers le terrorisme intellectuel. Malgré l'éloignement géographique, Khomeiny semblait jeter au loin son regard désapprobateur sur les "acteurs" de la scène occidentale et étendre son ombre menaçante jusqu'en France (...)

 

8) Problématique : à propos de la Russie, Jacques Julliard note :

"Ces terres russes aux confins de l'Asie ne sont-elles pas depuis des siècles nos marches de l'Est; elles sont un lieu et un moment de notre sensibilité. Et cela est spécialement vrai pour nous autres Français car, depuis le XVIIIe siècle, la Russie tient une place à part dans notre géographie sentimentale."

("Le sang des rêves", Le Nouvel Observateur, 1399, 24 août-4 septembre 1991)

 

9) On attribue généralement les idées durables à l'histoire des mentalités tandis que les autres appartiendraient  à l'histoire de l'opinion publique, histoire liée à une actualité changeante. On peut noter que la figure de Mossadegh qui faisait la une de l'actualité dans les années 50 est tombée aujourd'hui dans l'oubli tandis que celle de Khomeiny a acquis la force d'un stéréotype.

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Regards sur le Monde par Le Monde... Les dessins de Plantu : des sources précieuses à analyser pour une histoire de l'"Opinion publique" en France... (Source image intermédiaire : TV5 Monde).

 

Blog de Philippe Prunet (Overblog) : 21 janvier 2002.

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